Avant la Fédération : la naissance des syndicats d'initiative
Pour comprendre d'où vient notre Fédération, il faut remonter à la seconde moitié du XIXe siècle. Partout en France, des localités cherchent alors à organiser et développer une activité nouvelle : le tourisme. Le 23 juillet 1875, Gérardmer, dans les Vosges, est la première ville à se doter d'une structure entièrement dédiée à l'accueil des visiteurs, le « comité des promenades ». Le premier syndicat d'initiative à proprement parler voit le jour à Grenoble le 2 mai 1889.
Le concept est novateur : une structure initiée par la commune, investie d'une mission de service public à but non lucratif, chargée de promouvoir le lieu, d'accueillir, d'informer et de retenir les visiteurs en leur proposant des activités. Trait d'union entre les pouvoirs publics, l'administration, les associations et les professionnels des transports et du tourisme, le syndicat d'initiative peut obtenir l'arrivée du train, l'ouverture de sentiers, des subventions pour l'entretien du patrimoine, pour des manifestations sportives et culturelles ou pour des campagnes de publicité.
La création du Touring Club de France en 1890, les premières cartes routières de Michelin et la parution de son Guide rouge en 1900 accélèrent l'essor et la structuration de l'activité touristique, dans lesquels les syndicats d'initiative jouent un rôle central. Regroupés dès 1903 en un service central, puis fédérés autour d'un Office national du tourisme créé en 1910, ils sont déjà 230 en France en 1914. En 1930, presque toutes les localités classées sites ou stations touristiques en possèdent un.

À quoi ressemblait un syndicat d'initiative de cette époque ? Des photographies de 1946 conservées par les historiens du tourisme en donnent une image fidèle : un rez-de-chaussée en ville, une grande enseigne, l'inscription « Tourisme » peinte près de la porte, une vitrine garnie d'affiches et de réclames. À l'intérieur, un haut comptoir de bois sur lequel reposent un téléphone, une machine à écrire, des tampons et des documents bien rangés ; derrière, un employé en costume renseigne le visiteur, entouré d'affiches vantant les trésors du territoire. Informer, promouvoir, proposer des services : les fonctions essentielles du métier d'accueil sont déjà là, et ne quitteront plus jamais les offices de tourisme.
C'est dans ce mouvement de fond national que la Bretagne va écrire sa propre page — et prendre une longueur d'avance.
1918 : un Rennais fonde la Fédération
Au sortir de la Première Guerre mondiale, en 1918, un Rennais entreprenant fonde la Fédération Régionale des Syndicats d'Initiative de Bretagne : Lucien Bahon-Rault. Les annales de la Fédération datent sa présidence de 1918 à 1935 — mais la presse de l'époque, on le verra, le montre encore à la tête de la Fédération à la fin des années 1930, signe d'un engagement qui ne s'est jamais démenti pendant plus de vingt ans.
Le geste est visionnaire. À une époque où le tourisme s'organise encore ville par ville, Bahon-Rault comprend que la Bretagne gagnera à parler d'une seule voix, à coordonner ses initiatives locales et à porter ensemble la promotion de la destination. La Fédération des Offices de Tourisme de Bretagne d'aujourd'hui est l'héritière directe de cette intuition, ce qui en fait la plus ancienne fédération régionale de syndicats d'initiative et d'offices de tourisme de France.
Lucien Bahon-Rault, un bâtisseur rennais
La trajectoire du fondateur mérite qu'on s'y arrête, tant elle illustre l'énergie des pionniers du tourisme breton.
Lucien Bahon est d'abord professeur de français, avant d'entrer dans la banque. Connu comme libraire dès 1901, il épouse cette même année une Rennaise, Marguerite Rault, avec qui il créera en 1931 la librairie-papeterie Bahon-Rault, au 15 rue Saint-Melaine à Rennes, une adresse restée longtemps familière aux Rennais.

Homme d'affaires autant qu'homme de réseaux, il fonde en 1920 la Banque d'Ille-et-Vilaine d'Escompte et de Crédit au Petit et Moyen Commerce, à la Petite et Moyenne Industrie, qui deviendra plus tard la Banque Populaire de l'Ouest. Il préside également la Fédération des Syndicats Patronaux de Bretagne, devient vice-président puis, en 1930, président de la Chambre de commerce de Rennes.
On lui doit plusieurs grandes réalisations de la capitale bretonne : l'Institut Polytechnique de Bretagne (IPB) et l'aéroport de Rennes – Saint-Jacques, inauguré en 1933. En janvier 1934, toujours animé par la même ambition pour sa région, il fonde le Comité de propagande touristique de Bretagne, avec pour objectif de valoriser l'image de la Bretagne auprès des visiteurs français et étrangers.
Professeur, banquier, libraire, imprimeur, président consulaire et infatigable promoteur de sa région : le portrait de Bahon-Rault dit beaucoup de ce qu'était alors le tourisme naissant, une affaire de convictions, portée par des personnalités locales qui croyaient au potentiel de leur territoire.
Ce que raconte la presse de l'époque : chronique des premières décennies
Les archives de presse conservées par la Fédération, pour l'essentiel des numéros de L'Ouest-Éclair, le grand quotidien rennais, aujourd'hui numérisés sur Gallica, permettent de suivre presque année par année la vie de la jeune Fédération. Elles dessinent le portrait d'une organisation étonnamment active, moderne et déjà présente sur tous les fronts qui sont encore les nôtres.
23 novembre 1919 : le premier congrès régional à Rennes
Un an après sa fondation, la Fédération réunit son congrès à Rennes, à l'Hôtel de l'Institut Polytechnique. L'Ouest-Éclair du 24 novembre 1919 en rend compte en détail : « Le Congrès de la Fédération des Syndicats d'initiative de Bretagne s'est tenu hier à Rennes », écrit le journal, saluant « M. L. Bahon-Rault, secrétaire général de la Fédération, [qui] s'était chargé de l'organisation de ces séances d'étude, destinées, à n'en pas douter, à porter les plus beaux fruits, pour notre activité régionale en particulier et pour la prospérité du pays en général ».
Autour de la table : les délégués des syndicats d'initiative de Vitré — dont un certain M. Rupied, qui présidera la Fédération après la Seconde Guerre mondiale — et de Saint-Malo, un délégué du Touring-Club venu de Paris, et surtout M. Famechon, directeur de l'Office national du tourisme. Sa formule résume l'esprit de l'époque, au lendemain d'une guerre qui a ruiné le pays : « Le Tourisme, dit-il en substance, est le seul moyen pour les Français de ramener chez eux l'or qu'ils ont exporté. » Il annonce que la subvention nationale au tourisme devrait « arriver au million et demi » de francs, et une mesure très concrète obtenue du ministère : chaque nouvel hôtel des Postes comportera « un appartement réservé au syndicat d'initiative ».
Au banquet de midi, le maire de Rennes se déclare « le plus chaud des partisans » de la question du tourisme : « Ma porte, ajouta-t-il, vous sera toujours grande ouverte puisque vous travaillez à la prospérité de notre cité. » Cent ans plus tard, le dialogue entre offices de tourisme et collectivités n'a pas changé de nature.
1921 : les grandes fêtes bretonnes du Huelgoat
La Fédération ne se contente pas de congrès : elle crée l'événement. Les 17 et 18 septembre 1921, elle organise au Huelgoat de grandes fêtes bretonnes dont L'Action régionaliste, l'organe de la Fédération régionaliste française, se fait l'écho enthousiaste : « Des fêtes sans précédent, malgré l'éclat bien connu et si apprécié de celles des Cormorans, à Saint-Guénolé-Penmarch, et des Filets bleus, à Concarneau, sont venues enfin couronner toutes ces manifestations, les 17 et 18 septembre, au Huelgoat où, grâce à la Fédération des Syndicats d'initiative de Bretagne, présidée par M. Bahon-Rault de Rennes… » La même revue note que « jamais encore, la Bretagne n'avait vu le mouvement régionaliste prendre un tel essor ».
Valoriser la culture bretonne; costumes, musique, fêtes traditionnelles pour attirer les visiteurs : la recette des grands événements identitaires bretons, du festival de Cornouaille au Festival Interceltique, est déjà expérimentée par la Fédération dès 1921.
À la même époque, Bahon-Rault mène de front ses autres combats économiques : en janvier 1921, présidant le congrès de la Fédération des Syndicats patronaux de Bretagne, il présente un rapport « sur les canaux et les voies ferrées de Bretagne », les canaux de Bretagne, déjà, un siècle avant la stratégie Canaux 2030.
1927 : la Fédération et les grands événements sportifs
En une de L'Ouest-Éclair du 30 janvier 1927, le président de la Fédération des Syndicats d'initiative prend position au sujet de la Coupe Florio, la grande course automobile qui doit se courir cette année-là sur le circuit routier de Saint-Brieuc. Le tourisme événementiel et sportif comme levier de notoriété pour la destination : encore une intuition précoce.
1933 : la Bretagne s'allie à ses voisines
Le 28 avril 1933, Rennes accueille les premières assises d'un groupement interfédéral constitué à Paris le 10 mars précédent, réunissant « la Fédération des Syndicats d'initiative de Normandie, la Fédération des Syndicats d'initiative de la Vallée des Châteaux et Plages de la Loire et la Fédération des Syndicats d'initiative de Bretagne » (L'Ouest-Éclair, 2 mai 1933). M. Rupied y apparaît comme vice-président de la Fédération bretonne. Coopérer entre destinations du Grand Ouest pour peser davantage : l'idée a traversé le siècle.
12 janvier 1934 : naissance du Comité de propagande touristique et invention de la « marque Bretagne »
C'est l'un des documents les plus précieux des archives. L'Ouest-Éclair du 12 janvier 1934 rend compte de la réunion constitutive, à Rennes, du groupement voulu par Bahon-Rault, qui « avait pris sur lui de demander aux représentants des diverses grandes collectivités bretonnes de se réunir en une assemblée ». Au terme des débats, « l'assemblée décide de donner au nouveau groupement le nom de Comité de propagande touristique de Bretagne ».

Autour du président : la Fédération des Syndicats d'Initiative de Bretagne, le président du Syndicat d'Initiative de Quiberon et de Belle-Île-sur-Mer, le délégué du Syndicat des Hôteliers, des représentants des transporteurs, de la Chambre d'Agriculture d'Ille-et-Vilaine — et la presse, que l'on souhaite « intéressée à ce mouvement de propagande ». Des « conférences de propagande » sont prévues jusque dans les pays étrangers.
Le journal rapporte surtout un mot du fondateur qui mérite de passer à la postérité : « Bahon-Rault, qui présidait cette réunion, eut un mot heureux : "Je suis commerçant, dit-il en substance, et j'ai une singulière déformation professionnelle…" » — et de développer l'idée que tout se résume à une marque, et qu'il faut « exploiter la firme Bretagne ». Quatre-vingt-dix ans avant les stratégies de marque de destination, le fondateur de notre Fédération théorisait la « marque Bretagne ».
Le sujet du jour, déjà, était celui des transports et de l'accessibilité de la péninsule — et l'article souligne l'intérêt de la « route aérienne de Paris–Dinan–Saint-Brieuc–Morlaix–Brest », clin d'œil du banquier-aviateur qui venait d'inaugurer l'aéroport de Rennes.
En février 1935, une nouvelle réunion à Rennes autour de Bahon-Rault se consacre à « l'industrie touristique » bretonne, tableaux comparatifs à l'appui. Le journal interpelle : « Les Syndicats d'Initiative allaient-ils donc se laisser devancer par des collectivités moins intéressées qu'eux-mêmes au développement de l'industrie touristique dans nos départements bretons ? » Et le président de conclure la série des toasts « en se félicitant des résultats déjà acquis, résultats dont profitera… la Bretagne toute entière ».
1936-1937 : défendre l'image de la Bretagne
L'hiver 1936-1937 voit la Fédération monter au créneau contre une production jugée insultante pour la région, « Madame la Marquise ». L'Ouest-Éclair du 27 décembre 1936 publie la protestation officielle : « M. Bahon-Rault, président de la Fédération des Syndicats d'Initiative de Bretagne, nous communique une note dans laquelle il s'élève contre l'œuvre inepte qui outrage notre belle province », rappelant au passage que les syndicats d'initiative sont des « organismes totalement désintéressés ». Le 14 janvier 1937, le combat continue : « Surtout que ce film ne pénètre pas », lance le président, qui « demande que nos compatriotes et notamment les parlementaires et les syndicats d'Initiative agissent dans le même sens ».
Veiller à l'image de la destination, répondre aux représentations caricaturales de la Bretagne et des Bretons : ce rôle de vigie, la Fédération l'exerçait déjà il y a quatre-vingt-dix ans.
La même année, l'homme se bat sur le front des produits bretons : en janvier 1937, il obtient du ministère de l'Agriculture des avancées sur l'introduction du cidre au menu des wagons-restaurants des liaisons internationales ; en mars, il travaille avec le Comité Pomologique de Bretagne à la définition d'une « marque "Bretagne" » pour les productions régionales. Consommer local et valoriser les produits du terroir auprès des visiteurs — un siècle avant la Charte du Voyageur.
1938 : documentation, météo, radio et route côtière — un programme visionnaire
En mars 1938, lors d'une réunion touristique dans les Côtes-du-Nord réunissant notamment les présidents des syndicats d'initiative de Guingamp et de Saint-Brieuc — ce dernier, M. Rateau, présidera la Fédération en 1958 —, le débat porte sur le rôle de l'échelon régional : « il appartient à un organisme comme la Fédération régionale de vulgariser une documentation ». La production et la diffusion d'information touristique : le cœur de métier, déjà.
Le 21 septembre 1938, L'Ouest-Éclair rapporte trois communications de Bahon-Rault qui composent un véritable programme d'équipement touristique de la Bretagne : « Équipement météorologique de la Bretagne » — informer sur le vrai temps qu'il fait en Bretagne, bataille éternelle —, « Le Poste de Rennes-Bretagne et l'activité touristique bretonne » — mettre la radio régionale au service du tourisme — et « Autostrade autour des côtes de Bretagne » — une route touristique littorale, préfiguration lointaine des grands itinéraires côtiers d'aujourd'hui.
Septembre 1938 : les assises de Pontivy
Les 24, 25 et 26 septembre 1938, la Fédération tient ses assises annuelles à Pontivy. L'Ouest-Éclair salue « notre coquette et accueillante cité, qui est, non seulement le cœur de la Bretagne, mais aussi une petite capitale touristique, à laquelle le magnifique lac de Guerlédan et la nouvelle plage municipale des familles apportent un surcroît de lustre ». Le Syndicat d'Initiative de Pontivy, qui fête son trentenaire, offre un vin d'honneur aux congressistes, puis une excursion au lac de Guerlédan.
À l'assemblée générale du 26 septembre, Bahon-Rault présente le rapport moral, et « la délicate question des rapports entre syndicats d'initiative et syndicats hôteliers revient sur le tapis ». La position du président est d'une belle fermeté : « collaboration avec les syndicats hôteliers, mais sans abdication » — les hôteliers devraient « admettre que les syndicats d'initiatives leur transmettent les doléances justifiées des touristes ». L'articulation entre offices de tourisme et socio-professionnels, la remontée des avis des visiteurs : des débats d'une actualité confondante.
On notera le clin d'œil de l'histoire : Pontivy, qui accueillait les assises de 1938 et dont le syndicat d'initiative fêtait déjà ses trente ans, redeviendra un ancrage fort de la Fédération, avec la présidence de Bernard Delhaye (2014-2023) et l'engagement de Pontivy Communauté dans la commission régionale Tourisme & Handicap.
Dernière trace de presse : en janvier 1941, L'Ouest-Éclair cite encore « BAHON-RAULT, chevalier de la Légion d'honneur, président de la Chambre de Commerce de Rennes, [...] président de la Fédération des Syndicats d'Initiatives de Bretagne, président-fondateur de l'Institut Polytechnique de Bretagne ». Le fondateur est donc resté à la barre plus de vingt ans, jusque dans la tourmente de la guerre.
1946 : la refondation de l'après-guerre
Après la parenthèse de la Seconde Guerre mondiale, la Fédération renaît. Le 16 novembre 1946 se tient à Rennes, dans la grande salle de l'hôtel consulaire, une assemblée générale décisive : 36 syndicats d'initiative de Bretagne y sont représentés. Monsieur Rupied, sénateur-maire de Vitré et jusqu'alors vice-président, y est élu président de la Fédération Régionale.
L'homme n'est pas un nouveau venu : la presse le montre délégué du syndicat d'initiative de Vitré au congrès de Rennes dès 1919, vice-président de la Fédération dès 1933, représentant le président Bahon-Rault dans les cérémonies de l'été 1937. C'est un compagnon de route de la première heure qui prend le relais du fondateur — une passation dans la continuité.
L'ordre du jour de cette assemblée générale de 1946 frappe par sa modernité. On y débat de :
- l'accueil des touristes français et étrangers ;
- la sauvegarde des sites ;
- la défense du patrimoine historique ;
- la mise en valeur de la gastronomie bretonne ;
- les éditions de propagande régionale ;
- l'inventaire des moyens d'animation pendant le séjour en vacances.
Qualité de l'accueil, protection des sites et du patrimoine, gastronomie, promotion, animation des séjours : quatre-vingts ans plus tard, ces sujets restent au cœur des missions des offices de tourisme. Preuve que les fondamentaux du métier étaient posés dès l'origine.
Le rapport présenté en 1946 insistait aussi sur un point que bien des présidents d'offices de tourisme reconnaîtront : la nécessité de prévoir « un budget décent » pour la Fédération Régionale. Le fonctionnement était alors assuré par des subventions diverses, notamment des Conseils Généraux des départements bretons, complétées par une subvention nationale.
Un siècle de présidences, un ancrage dans toute la Bretagne
Depuis 1918, dix présidents se sont succédé à la tête de la Fédération. Leur liste dessine une carte de la Bretagne touristique, où chaque département a pris sa part :
- 1918-1935 : Lucien Bahon-Rault (Rennes), le fondateur — que la presse mentionne toutefois encore comme président aux assises de Pontivy en 1938 et jusqu'en janvier 1941
- 1946-1958 : Rupied (Vitré), sénateur-maire, artisan de la refondation d'après-guerre
- 1958 : Rateau (Saint-Brieuc)
- 1959-1968 : Fonlupt (Vannes)
- 1969-1978 : Alphonse Boulbain (Saint-Brieuc)
- 1978-1989 : Péant (Morbihan)
- 1989-1998 : Henry Depoid (Concarneau)
- 1998-2013 : Alain Gourmelen (Plougasnou)
- 2014-2023 : Bernard Delhaye (Pontivy)
- Depuis avril 2023 : Erven Léon, maire de Perros-Guirec, élu le 12 avril 2023 à Saint-Gérand
Cette continuité est en soi remarquable : rares sont les organisations touristiques françaises qui peuvent retracer une gouvernance ininterrompue — guerre exceptée — sur plus d'un siècle.
Des syndicats d'initiative aux offices de tourisme : un métier qui se professionnalise
Au fil des décennies, le paysage que fédère l'organisation s'est profondément transformé. Les syndicats d'initiative de l'entre-deux-guerres, animés par des bénévoles derrière un comptoir de bois, ont progressivement laissé place à des offices de tourisme professionnels, dotés de salariés qualifiés, d'outils numériques et de véritables stratégies de destination.
Les publications d'époque conservées dans nos archives : bulletins La Saison en Bretagne des années 1930, Annuaire de Bretagne de 1951, revues Arvor et Ergerzh de l'Office breton du tourisme dans les années 1950, Qualité Bretagne en 1962, Horizons Bretagne à la fin des années 1960, témoignent de cette évolution continue : à chaque génération, le réseau breton s'est réinventé pour accompagner les mutations du tourisme, de la villégiature balnéaire des débuts au tourisme des congés payés, puis au tourisme de masse des Trente Glorieuses.
La Fédération a accompagné chacune de ces étapes en jouant, hier comme aujourd'hui, son triple rôle : coordonner et harmoniser l'action des structures locales, former et professionnaliser leurs équipes, représenter le réseau auprès des institutions régionales et nationales.
Un fonds d'archives, mémoire du tourisme breton
La Fédération conserve précieusement un fonds documentaire qui raconte, mieux que tout discours, un siècle de promotion touristique de la Bretagne. On y trouve les guides édités par les syndicats d'initiative de toute la péninsule : le Guide du Syndicat d'Initiative du Morbihan, le guide officiel illustré de Saint-Brieuc, ceux de Paimpol, Tréguier, Guingamp, Trégastel, Quimper et la Cornouaille, Dol-de-Bretagne, Loudéac — illustré par Jeanne Malivel —, mais aussi ceux de la Brière, de La Baule « plage du soleil », des plages nantaises ou de Saint-Brévin : un temps où le fait touristique breton s'étendait naturellement jusqu'à la Loire-Atlantique historique.
S'y ajoutent les grandes publications régionales : La Bretagne et ses plages, La Bretagne Touristique (1935), les brochures sur les stations climatiques, les sites remarquables, le circuit touristique de l'Argoat, l'archipel des Sept-Îles ou le Tro Breiz, sans oublier des documents plus inattendus, comme cette étude sur l'installation de postes météorologiques en Bretagne — car informer le visiteur sur le temps qu'il fera était déjà, à l'époque, une préoccupation d'accueil — ou ce plaidoyer pour « la sauvegarde de nos costumes nationaux », qui montre combien la valorisation du patrimoine immatériel breton accompagnait dès l'origine le développement touristique.
Feuilleter ces documents, c'est mesurer le chemin parcouru : les préoccupations d'hier : attirer, accueillir, informer, protéger les sites, valoriser l'identité bretonne sont exactement celles que le réseau porte encore aujourd'hui, avec d'autres outils.
Sept publications emblématiques de la collection
Parmi les trésors du fonds, sept publications méritent qu'on s'y attarde : chacune raconte, à sa manière, une facette du travail d'édition et de promotion mené par la Fédération et le réseau breton au fil du siècle.
« Bretagne – Renseignements sur les stations climatiques »
À l'époque où l'on vante les « bains de mer » et les vertus de l'air marin, la Bretagne se promeut d'abord comme une terre de santé. Cette brochure, qui recense les stations climatiques de la péninsule, appartient à ce premier âge du marketing territorial : on n'y vend pas encore des « expériences », mais un climat, une qualité de l'air, un art de la villégiature. Elle rappelle que le classement des communes en « stations » climatiques, balnéaires, de tourisme fut l'un des grands enjeux administratifs et économiques de l'entre-deux-guerres, et l'une des raisons d'être des syndicats d'initiative.

« Installation de postes météorologiques en Bretagne »
C'est peut-être le document le plus savoureux du fonds, tant il illustre un combat constant de la Fédération : la bataille de la météo. Convaincu que la réputation pluvieuse de la péninsule est son premier handicap commercial, le réseau milite très tôt pour un équipement météorologique digne de ce nom, Bahon-Rault en fait un communiqué en 1934, vantant une Bretagne « parmi les régions les moins pluvieuses de France », puis une communication officielle sur « l'équipement météorologique de la Bretagne » en septembre 1938. Mesurer le temps qu'il fait vraiment pour combattre les idées reçues : un siècle plus tard, le sujet fait toujours sourire et reste d'actualité.

« Tro Breiz – Le Tour de Bretagne »
En reprenant le nom du pèlerinage des sept saints fondateurs de la Bretagne, cette publication transforme un itinéraire spirituel millénaire en promesse de voyage : faire le tour de la Bretagne, c'est la découvrir tout entière. On y lit l'intuition, très moderne, de l'itinérance comme produit touristique, celle qui triomphera bien plus tard avec les véloroutes, les sentiers côtiers et le renouveau contemporain du Tro Breiz lui-même.

« Les sites remarquables »
Inventorier les sites pour mieux les protéger et les faire connaître : cette brochure s'inscrit dans la droite ligne des combats de la Fédération depuis l'assemblée générale de 1946, où « la sauvegarde des sites » figurait en bonne place à l'ordre du jour. Avant les grands sites de France et les espaces naturels protégés, le réseau breton dressait déjà la carte de ce qui fait la valeur et la fragilité de la destination.
« Qualité Bretagne » (1962)
Le titre dit tout : dès 1962, le réseau breton place le mot « qualité » au cœur de sa promesse. Soixante ans avant la marque Qualité Tourisme et la démarche Destination d'Excellence que la fédération accompagne aujourd'hui auprès de ses adhérents, cette revue témoigne d'une conviction précoce : la Bretagne ne gagnera pas la bataille touristique par les prix, mais par l'exigence; celle de l'accueil, des équipements et des savoir-faire.

« Horizons Bretagne » (1969)
À la fin des années 1960, la Bretagne se modernise à grande vitesse : désenclavement routier, essor de l'agroalimentaire, premières grandes politiques d'aménagement. La revue Horizons Bretagne — ici son numéro 5 de 1969 — accompagne cette époque de planification conquérante, où le tourisme s'affirme comme un pilier de l'économie régionale à part entière. Son titre résume l'état d'esprit des Trente Glorieuses : regarder loin, voir grand.
« La Saison Touristique en Bretagne » (1970)
Combien de visiteurs ? Venus d'où ? Pour combien de nuitées ? Ce bilan de la saison 1970 qui prolonge les bulletins La Saison en Bretagne publiés dès les années 1930 pratique un exercice fondateur : l'observation touristique. Compter, comparer, analyser pour éclairer les décisions : c'est l'ancêtre direct des observatoires du tourisme et des bilans de saison que le réseau produit encore chaque année. La preuve que la donnée touristique, elle non plus, n'est pas une invention récente.
La Fédération aujourd'hui : l'héritage en action
Plus d'un siècle après sa fondation, la Fédération des Offices de Tourisme de Bretagne anime un réseau de plus de 60 offices de tourisme adhérents et quelque 200 points d'accueil, représentant environ 700 salariés. Chaque année, les offices de tourisme bretons accueillent plus de 4 millions de visiteurs dans leurs bureaux et près de 17 millions de visiteurs uniques sur leurs sites internet.
Fidèle à l'esprit pionnier de Bahon-Rault, la Fédération continue d'innover :
- La Charte du Voyageur, première charte régionale de France dédiée au tourisme responsable, déployée à l'échelle de la Bretagne en 2022 et récompensée par le César du Voyage Responsable 2023 ;
- Les Semaines du Tourisme Économique et des Savoir-Faire, qui ouvrent au grand public les coulisses des entreprises bretonnes, distinguées par le prix international « Best Strategy for Creative Tourism Development 2023 » et nommées aux World Travel Awards pour « Europe's Leading Tourism Development Project 2026 » ;
- Bretagne Emploi Tourisme, plateforme d'emploi de la filière lancée en 2019, classée parmi les meilleurs portails d'emploi de France (Palmarès Statista / Les Echos) ;
- La mission régionale Tourisme & Handicap, portée depuis 2014 avec le soutien de la Région Bretagne, pour une destination accessible à tous ;
- L'Institut du Tourisme de Bretagne et son offre de plus de 40 formations, héritier direct de la vocation historique de la Fédération : faire monter en compétences celles et ceux qui accueillent.
En 2024, la Fédération a par ailleurs rejoint l'ISTO (Organisation Internationale du Tourisme Social), réseau de 179 organisations dans 46 pays, inscrivant l'action bretonne dans une dynamique internationale.
Conclusion : penser le tourisme plutôt que le subir
De la petite équipe de bénévoles réunie autour de Lucien Bahon-Rault en 1918 aux 700 professionnels du réseau d'aujourd'hui, un même fil rouge traverse l'histoire de la Fédération : la conviction que le tourisme se construit collectivement, au service des visiteurs comme des habitants.
« Penser le tourisme plutôt que le subir pour mieux réguler l'activité touristique, en responsabilisant voyageurs et habitants locaux » : la formule de Bernard Delhaye, président de 2014 à 2023, résume bien la philosophie qui anime le réseau breton depuis ses origines. L'accueil, la sauvegarde des sites, la défense du patrimoine, la valorisation de la gastronomie, les combats de l'assemblée générale de 1946, sont devenus le tourisme durable, responsable et inclusif du XXIᵉ siècle.
Cent ans après, l'aventure continue.
Sources : archives de la Fédération des Offices de Tourisme de Bretagne ; « Les premiers syndicats d'initiative », Alban Sumpf, Histoire par l'image ; fonds documentaire historique de la Fédération (bulletins et guides 1930-1977) ; archives de presse de la Fédération — L'Ouest-Éclair (numéros des 24 novembre 1919, 14 janvier 1921, 30 janvier 1927, 2 mai 1933, 12 janvier 1934, 4 février 1935, 27 décembre 1936, 14 janvier et 31 mars 1937, 11 mars, 21 et 25-27 septembre 1938, 11 janvier 1941) et L'Action régionaliste (septembre 1921), consultables sur Gallica (BnF).
Nos Présidents : une gouvernance au service du réseau
Le Fondateur : M. Lucien Bahon-Rault
Lucien Bahon-Rault est tout d'abord professeur de français, puis entre dans la Banque. Connu comme libraire dès 1901, il vit en 1907 au 17-19 rue Le Bastard, là où était établie l'ancienne librairie Fougeray.
Il fonde et devient le Président de la Fédération des Syndicats d'Initiatives de Bretagne. Il devient par la suite président de la Fédération des Syndicats Patronaux de Bretagne, et fonde en 1920 la Banque d'Ille-et-Vilaine d'Escompte et de Crédit au Petit et Moyen Commerce, à la Petite et Moyenne Industrie, qui deviendra ensuite la Banque Populaire de l'Ouest.
Il est successivement vice-président et, en 1930, président de la Chambre de commerce de Rennes. Il découvre à cette période le métier d'imprimeur. Lucien Bahon épouse en 1901 une Rennaise, Marguerite Rault, et ils créent ensemble la librairie-papeterie Bahon-Rault, en 1931, au 15 rue Saint-Melaine à Rennes.
Bahon-Rault fonde en janvier 1934 le Comité de propagande touristique de Bretagne dans le but de redorer l'image de la région.
Il est à l'origine de plusieurs grandes réalisations de la ville de Rennes, dont l'Institut polytechnique de Bretagne (IPB), et l'aéroport de Rennes - Saint-Jacques, inauguré en 1933. Pendant la période du gouvernement de Vichy il fut, en qualité de président de la région économique de Bretagne, membre du conseil national créé en janvier 1941.
La Fédération a été guidée par des femmes et des hommes ancrés dans leurs territoires, tous animés par une même ambition : porter haut la voix du tourisme breton.
- Lucien Bahon-Rault (Rennes) – 1918 à 1935
- Rupied (Vitré) – 1946 à 1958
- Rateau (Saint-Brieuc) – 1958
- Fonlupt (Vannes) – 1959 à 1968
- Alphonse Boulbain (Saint-Brieuc) – 1969 à 1978
- Péant (Morbihan) – 1978 à 1989
- Henry Depoid (Concarneau) – 1989 à 1998
- Alain Gournelen (Plougasnou) – 1998 à 2013
- Bernard Delhaye (Pontivy) – 2014 à 2023
- Erven Léon (Perros-Guirec) – 2023 à aujourd'hui
Un réseau qui avance ensemble
OTB est aujourd'hui un vecteur de collaboration et d'innovation. En lien permanent avec ses membres, OTB s'adapte aux défis du tourisme d'aujourd'hui : digitalisation, transitions écologiques, attentes des visiteurs, équilibre territorial…